Avant propos

Plaidoy­er pour qu’ap­pren­dre à lire ne soit plus un chemin de croix

Appren­dre à lire n’est pas un acte anodin.

Appren­dre à lire devrait être une fête. C’est une offrande, c’est un cadeau fait à l’en­fant. C’est d’une cer­taine façon la clé du code secret ouvrant l’ac­cès au monde « des grands ». Un événe­ment ini­ti­a­tique où l’en­fant se sait accom­pa­g­né par le regard bien­veil­lant de ceux qui l’en­tourent. Il est le bien­venu. Il ne court aucun risque et surtout pas celui d’é­chouer : seule, la durée de la tra­ver­sée peut vari­er, mais puisqu’il s’ag­it d’un voy­age heureux en bonne com­pag­nie…

Ce pour­rait être cela.

Hélas, la réal­ité hésite trop sou­vent entre l’in­ter­minable par­cours répéti­tif et ennuyeux, l’im­posante mon­tagne qui sem­ble infran­chiss­able quand il ne s’ag­it pas pour cer­tains d’un véri­ta­ble chemin de croix jonché de ten­sions, de peurs, de décep­tions, de cul­pa­bil­ité et pres­sions de toutes sortes.

Il y a loin du rêve à la réal­ité. Trop loin.

Par son impor­tance cap­i­tale pour son inté­gra­tion sociale cet appren­tis­sage soumet l’élève à des pres­sions con­sid­érables — attentes pres­santes de la famille et de l’in­sti­tu­tion sco­laire ‑aux­quelles il ne se révélera pas tou­jours capa­ble de faire face. Cette étape essen­tielle peut par­fois vir­er au rejet avec toutes les frus­tra­tions et souf­frances con­séquentes. L’en­fant n’en sor­ti­ra pas tou­jours indemne.

Pour autant il ne peut en être tenu pour respon­s­able : d’une part, car le prin­ci­pal obsta­cle ne réside pas dans sa pro­pre volon­té mais dans ses fac­ultés très spé­ci­fiques, ses apti­tudes à associ­er et com­bin­er let­tres et sons, quand le sec­ond écueil con­cerne surtout la qual­ité d’ac­com­pa­g­ne­ment dont il est l’ob­jet ; de plus l’en­fant ne peut être con­scient de la nature des enjeux qui pèsent sur lui lors de cet appren­tis­sage, de l’im­por­tance par­fois démesurée qu’il revêt aux yeux des adultes.

Il s’ag­it donc, pour qui est con­cerné par l’échec, d’une véri­ta­ble, d’une ter­ri­ble et incom­préhen­si­ble injus­tice.

Notre tra­vail d’adulte, enseignant et par­ent, est par con­séquent de lui ren­dre cette étape cru­ciale aus­si légère et stim­u­lante que pos­si­ble.

Il ne s’ag­it pas ici d’un sim­ple vœu mais d’un véri­ta­ble devoir.

Tout ce qui pour­ra l’aider sur ce chemin chao­tique sera le bien­venu.

C’est l’ob­jet même de ce tra­vail.